dimanche 2 juillet 2017

Putain de folle

**English below**

Hommage a Nelly Arcan
Merci à Soleil, Izzy et Sophie C. pour m’avoir inspiré
Note : Ceci est un coming out

Quand j'ai lu les livres de Nelly au cégep, j'ai eu mal parce que je comprenais la réalité tragique du mal d’identité de cette femme, de son mal dans sa peau, de son agonie de définition sexuelle. Ca aurait pu être moi.

Dans mon jeune âge, sexualité à très vite voulu dire capter l’attention et ultimement obtenir l’amour. La sexualité était quelque chose à utiliser pour des fins émotionnelles et laisse-moi te dire que ca peut mener à un paquet de situations précaires et malsaines.

J'ai eu mes premières règles vers 10 ans. Ma première relation sexuelle à 13 ans. À 16 ans je me faisais prendre par derrière dans les toilettes malpropres d’un étranger rencontré sur Internet, perdue à Montréal Nord, alors que ma mère pensait que j’étais chez une amie (Ça te choque? Dis-toi que c’est juste un highlight). À 18 ans je me suis fiancée pour la première fois. À 19 ans j’ai surpris mon amoureux à fourrer une fille dans notre appartement alors que je dormais dans la pièce d'à côté. Puis quelques mois plus tard il disparaissait dans le milieu de la nuit pour aller en voir une autre, et des hommes aussi (Je t’en veux pas Frank. On a cheminé ensemble à la dure. J’en reviens même pas qu’on soit encore en contact même si c’est de loin). À 20 ans j’ai connu ma première relation homosexuelle sérieuse qui a duré près un an.

Je me permet ici une parenthèse sur les étiquettes. Je ne suis pas bi. Ni lesbienne, ni hétérosexuelle. Pour la simple raison que j’ai toujours eu de la difficulté à définir mon identité sexuelle (identité ayant rien à voir avec orientation). J’ai présentement le corps d’une femme et j’y suis relativement confortable mais j’ai toujours ressenti une personnalité plutôt masculine. J’ai aussi multiples mémoires de vies vécues en tant qu’homme. Mes intérêts sont plutôt atypiques pour une femme (huge geek ici. J’ai jamais aimé le makeup, les souliers ou le magasinage, etc.) et ma façon de penser est plutôt cartésienne et rationnelle. (J’ai également pu confirmer par la suite que mon “âme” ou mon “champ énergétique” est en effet de polarité masculine). S’il faudrait me donner une étiquette, je me définirais comme genderfluid. Parfois j’aime plus avoir l’air garçonne. D’autre fois j’ai envie d'être coquette. Mais en fait, malgré tout mon amour pour les gens de la communauté LGBT, je n’en suis absolument pas un membre “actif” et j’ai vraiment aucun plaisir à la création et à l’utilisation de 20 000 labels pour identifier quoi est quoi. J’y pense vraiment jamais et je suis venue à terme avec mon nom de naissance (malgré l’utilisation de plusieurs pseudonymes avec les années) et ma morphologie de guerrière amazonne. J’aime qui j’aime, indépendamment du genre. C’est tout simplement pas pertinent à mes yeux. (Vous pouvez aussi vous imaginez comment les gars tripent quand j’essaye de leur expliquer que je me sens comme un homme par en dedans).

1999
2014

Succession de relations brèves et désastreuses, d’abus verbal et de manipulation mentale, où la sexualité est devenue une arme de contrôle et de soumission. Une des choses qui ressort à ce moment-là est que je trouve le moyen de fréquenter des types qui ne me valorisent aucunement. Vu mon style marginal et mes idées excentriques j’ai plusieurs fois entendu quelque chose du genre “j’aime ça chiller avec toi (lire passer des soirée à fumer du pot, baiser et regarder des animés japonais), mais je pourrais jamais te présenter à mes amis/ma famille”. À 24 ans je me suis mariée à un homme qui pour la première fois de ma vie semblait me comprendre dans mes intérêts particuliers et mon cheminement. 11 mois plus tard nous nous sommes divorcés suite à une dépression majeure pour laquelle il ne pouvait me supporter (je t’en veux pas non plus Jason. J’ai toujours beaucoup d’admiration pour toi et ton travail).

La vérité est que j'ai beaucoup cherché mon père. Ca semble cliché mais c'est tout de même le cas. Entre le divorce de mes parents (juste avant mon adolescence) et l'âge de 16 ans, j'ai eu des contacts assez sporadiques et inconstants avec lui donc je l’ai beaucoup idéalisé comme personne et je l'ai aussi beaucoup manqué dans cette periode délicate (Je t’aime papa, je sais que tu as fais de ton mieux). Jai donc souvent choisi des partenaires “absents” ou émotionnellement indisponibles. Mon ex-mari est d'ailleurs assez incroyablement semblable à mon père physiquement et je peux reconnaître des traits dominants dans plusieurs de mes partenaires.

En 2010 je suis déménagée en Outaouais (j’avais alors 26 ans). Ici j’y ai pour la première fois eu une relation que je qualifie de saine avec un jeune homme (de 6’3") qui a su m’aimer vraiment pour moi, avec mon bagage et qui me laissait pleinement m’exprimer. Ça été une expérience vraiment réconfortante de laquelle je me suis sauvée à grands pas (kessé ca?). En fait je sais que j’avais besoin de ce modèle pour ensuite me remettre les pieds dans les plats avec une différente perspective (merci Éric).

Quelques autres expériences de marde plus tard j’ai finalement rencontré à 29 ans celui qui a su me donner le goût d’avoir un enfant alors que j’en avait jamais voulu. La fibre maternelle n’est pas innée chez moi et j’ai appris à apprivoiser ce rôle avec le soutien inconditionnel de cet homme qui aurait tout fait pour moi (merci Gilles). Malheureusement l’ensemble des circonstances de vie ont fait que j’ai plongé de nouveau dans une grande crise existentielle qui dure encore 3 ans plus tard.

J’ai cru que Matt serait la solution à tous mes maux mais mon bel homme aux yeux sombres est finalement devenu le parfait reflet de toutes mes peurs, mes faiblesses, mes “inadequacies”, et mes échecs du passé. bref l’ultime challenge pour me shaker une fois pour toute. J’ai surement été ton cauchemar autant que tu as été le miens. On a tous les deux les outils et la tête dure pour se torturer émotionnellement à souhait.

À 32 ans, la vérité vraie c’est que je ne peux plus compter (ou même me rappeler) de tous mes partenaires. Une des raisons est que j’ai consommé passablement beaucoup de drogues à une certaine époque. L’autre c’est qu’il y en a tout simplement eu beaucoup. C’est pas quelque chose dont je suis fière, ni ne suis “pas” fière. Je le souligne parce que c’est ici qu’il faut que s'arrêtent les jugements et la honte.

Comme j’ai soulevé dans mon dernier post, j’ai plusieurs problèmes en relation, spécifiquement avec la conception traditionnelle,  patriarcale et binaire du couple. Suite à mes récentes difficultés, j’ai pris le temps de faire une introspection profonde qui m’a demandé d’être drôlement honnête avec moi-même. 

Premièrement, j’aime beaucoup. Beaucoup de personnes aussi. Je passe ma vie collé sur les gens et je tombe constamment en amour devant la beauté de mes clients et de mes ami(e)s. J’apprends à vous connaître  profondéments, souvent sur de longues heures passées en intimité à se faire des confidences. J’ai eu de vrais “crush” sur des dizaines d’entre-vous en secret. Je suis spécialement fascinée par les beautés atypiques, les âmes de guerrier(e)s, les gens qui souffrent et ne voient pas leurs propres force, ceux en quêtes mystiques, les chercheurs de soi, les mangeurs de vie, les passionnés, les artistes et les marginaux. 

En avouant cela, il est clair qu’il est impensable de s’imaginer que chaque fois qu’une personne me fait vivre de quoi en dedans il s’agit de “the one” et que je pourrais envisager construire une vie avec chacun. Ça n’a tout simplement rien à voir. De l’autre côté j’ai parfois envie de vous savourer un peu plus longtemps, de m'imprégner de votre énergie et oui des fois, juste des fois, mon désir s'allume d'une autre façon, en secret, dans les tabous et les non dits. J’ai pas de misère à dire “je t’aime” parce que c’est facile et toujours sincère. J’ai pas besoin d’attendre 12 dates et je sais pas combien de temps politically correct pour le savoir. Je peux tomber en amour instantanément mais savoir qu’on pourra jamais marcher ensemble. 

Au terme de ce chapitre de ma vie (celui ou j’ai tout mis a l’envers ce que je pensais être ma vie idéale), j’ai besoin de me redéfinir profondément à tous les niveaux (y a déjà un grand bout de fait mais ca prend des proportions que j’aurais jamais pu envisager). J'ai maintenant besoin d’une nouvelle définition de couple et peut être même de la crisser dans la poubelle. J’ai aussi besoin de réclamer ma sexualité endommagée, mon plaisir, mon droit d’aimer à fond et d’être aimée librement, de voir et d’être vue, d'honorer et d’être honorée, de célébrer et d'être célébrée. Je veux être la prêtresse au temple d’Ishtar et reconnecter à ce féminin sacré ou les femmes ne sont ni saintes ni putes.

Je ne veux plus “appartenir” à qui que ce soit comme un acquis et par conséquent vivre la culpabilité des amours interdits. Je veux être libre d’aimer le monde entier et être libre de l'oppression du modèle limitant et dégradant imposé à la femme par la société patriarcale. Je sais être exclusive de mon corps au besoin mais définitivement pas de mon coeur.

Toi qui pense m’aimer aussi et voudrait faire de moi TA femme, sauras-tu accepter l’entité sans genre et sans nom que je suis? Mon Moi qui ne peut être contenu dans aucun moule ni cadre, qui ressort toujours de la masse et attire les regards, qui refuse d'être possédée et qui refuse de se taire. Moi qui a des éons de vécu intergalactique et qui entends et écoute des voix millénaires me parler dans ma tête et dans mon ventre. J’ai plein de tatouages, je n’aime pas manger les animaux et je suis une hippie au coeur. J’aime la musique country (et plein d’autres trucs éclectiques), je me lève tôt et je ne partagerai jamais ton joint ou ta bière (pas par égoïsme mais car je ne consomme pas). J’ai un humour bizarre et inapproprié. Je suis réservée mais pas genée. J’ai aucun tact mais avec moi tu aura toujours l'heure juste, pour le meilleur ou pour le pire. Je ne sais pas mentir. Et si tu manques de sincérité, tu me perdras et c'est garanti que tu n’en trouveras pas deux comme moi. Je ne me cacherai pas devant tes amis et ta famille. Tu ne pourras jamais m’acheter avec des objets matériels. Je ne serai pas la mère de tes enfants.

Mais je peux te voir comme personne ne t'a jamais vu et te toucher comme personne ne ta jamais touché. Je peux etre ta soeur, ta compagne ou ton amante. Je peux te “feeler” et te connaître au delà des mots et vibrer avec ton âme si tu me laisse faire et si tu peux me voir et me connaître réciproquement.

Autrement, aimerais-tu simplement qu’on passe un peu de bon temps ensemble, qu’on fasse un bout de chemin et qu’on échange pour ensuite poursuivre notre route? À toi de me dire ce que ce sera, en toute ouverture et toute sincérité.

Avec tout mon amour,
Karine



Crazy Bitch

Tribute to Nelly Arcan
Thanks to Soleil, Izzy and Sophie C. for inspiring me
Note: This is a coming out


When I read Nelly's books in college, I was hurt because I understood the tragic reality of this woman's tragic reality, her aching identity and life’s struggle, her agony of sexual definition. It could have been me.


In my young age, sexuality very quickly meant getting attention and ultimately getting love. Sexuality was something to use for emotional purposes and let me tell you that it can lead to a bunch of precarious and unhealthy situations.


I had my first periods around 10 years old. My first sexual relationship at 13.
At the age of 16, I was getting fucked behind in the unclean bathroom of a stranger met on the Internet, lost in Montreal North, while my mother thought I was staying with a friend (Are you shocked? Trust me it’s only a highlight). At age 18 I got engaged for the first time. At 19 years old I surprised my lover fucking a girl in our apartment while I was sleeping in the next room. Then a few months later he disappeared in the middle of the night to go see another, and men too (I hold no grudges Frank. We walked together the hard way. I cannot even believe we’re still friends after all this time, even if just from afar). At 20 years old I experienced my first steady homosexual relationship that lasted nearly a year.


Here I need to expend on the subject of labels. I'm not bi. Neither lesbian nor heterosexual. For the simple reason that I always had a hard time defining my sexual identity (identity having nothing to do with orientation). I currently have a woman's body that I am relatively comfortable in but I have always felt a rather masculine personality. I also have multiple memories of lives experienced as a man. My interests are rather unusual for a woman (huge geek here, I never liked makeup, shoes or shopping, etc.) and my way of thinking is rather cartesian and rational. (I was also able to confirm later that my "soul" or my "energy field" is indeed of male polarity). If I should be given a label, I would define myself as genderfluid. Sometimes I like to look more like a boy. Other times I want to be girly. But in fact, despite my love for the LGBT community, I am not an "active" member at all and I really have no pleasure in creating and using 20,000 labels to identify what’s what. I really never think about it and I came to term with my birth name (despite the use of several pseudonym over the years) and my amazon warrior morphology. I love whom I love, regardless of gender. It is simply not relevant to me. (You can also imagine how ecstatic the guys are when I try to explain them I feel like a man inside).


Follows a succession of brief and disastrous relationships, verbal abuse and mental manipulation, where sexuality has become a weapon of control and submission. One of the things that became clear at this point is that I always find a way to date guys that do not value me very much. Given my marginal style and my eccentric thoughts I have heard many things like "I like to chill with you (read : spending the evening smoking pot, having sex and watching Japanese animation), but I could never present you to my friends/my family ". At 24, I married a man who for the first time in my life seemed to understand me in my particular interests and my life’s journey. 11 months later we got divorced after a major depression through which he could not support me (I do not blame you either Jason. I still have a lot of admiration for you and your work.)


The truth is that I have looked for my father a lot. It sounds pretty cliché but it's true. Between my parents' divorce (just before my teenage years) and the age of 16, I had quite sporadic and inconsistent contact with him so I greatly idealized him as a person and I also missed him a lot during this delicate time (I love you daddy, I know you did your best). I often chose partners who were "absent" or emotionally unavailable. My ex-husband rather incredibly looks like my father and I can recognize dominant traits in several of my partners.


In 2010 I moved to the Ottawa region (I was then 26 years old). Here I had for the first time a relationship that ca qualify as healthy with a young man (of 6'3 tall) who knew how to really love me for me, with my baggage and who let me fully express myself. It was a really comforting experience from which I ran away as fast as possible (wtf right?). In fact I know that I needed this model to then step back in my dirty shoes with a different perspective (thank you Eric).


A few really bad experiences later I finally met at 29 the one who made me want  to have a child although I never wanted to. Maternal instincts are not innate to me and I learned to play the part with the unconditional support of this man who would have done everything for me (thank you Gilles). Unfortunately circumstances of life put me again through a great existential crisis that still lasts 3 years later.


I thought that Matt would be the solution to all my problems but my handsome dark-featured man finally became the perfect reflection of all my fears, weaknesses, inadequacies, and failures of the past. In short, the ultimate challenge to shake me once and for all. I surely was your nightmare as much as you were mine. We both have the tools and the stubbornness to torture each other emotionally at will.


At 32, the real truth is that I can no longer count (or even remember) all my partners. One reason is that I used quite a bit of drugs at one time. The other is that there are just many of them. It's not something I'm proud of, nor am I “not” proud of. I emphasize this because it is now the time to stop judgments and shame.


As I pointed out in my last post, I have several relationship problems, specifically with the traditional, patriarchal and binary conception of the couple. Following my recent hardships, I took the time to go through a deep introspection that required me to be really honest with myself.


First, I love very much. A lot of people too. I spend my life very close to people and I constantly fall in love before the beauty of my clients and my friends. I learn to know you deeply, often through long hours spent in intimacy and sharing confidences. I had real "crush" on dozens of you in secret. I am especially fascinated by atypical beauties, the warrior’s souls, people who suffer and do not see their own strengths, those on mystical quests, self-seekers, life-eaters, enthusiasts, artists and marginal individuals.


With this confession, it is clear that it is unthinkable to imagine that every time a person stirs me it means it’s "the One" and that I might consider building a life with them. It has nothing to do with it. On the other hand, sometimes I want to savor you a little longer, to soak in your energy and yes sometimes, just sometimes, my desire lights up in a different way, in secret, veiled with taboos and everything left unsaid. I do not have hard time saying "I love you" because it’s easy and always sincere. I do not need to 12 dates and wait God knows how long to be politically correct to find out. I can fall in love instantly but know that we’d never work it out together.


At the end of this chapter of my life (the one where I put everything what I thought to be my ideal life upside down), I need to redefine myself deeply at all levels (lots has already been done but it’s taking proportions I could never have imagined). I now need a new definition of what a couple is or maybe just throw it out in the trash. I also need to claim my damaged sexuality, my pleasure, my right to love deeply and to be loved freely, to see and be seen, to honor and be honored, to celebrate and be celebrated. I want to be the priestess at Ishtar’s temple and reconnect to this sacred feminine where women are neither whores nor saints.


I no longer want to "belong" to anyone as something acquired and therefore live the guilt of forbidden loves. I want to be free to love the whole world and be free from the oppression of the limiting and degrading model imposed on women by the patriarchal society. I know how to be exclusive of my body if needed but definitely not of my heart.


You who thinks you love me too and would like to make of me YOUR woman, will you be able to accept the genderless and nameless entity that I am? My Self that can not be contained in any mold or frame, which always sticks out from the masses, who refuses to be possessed and who refuses to be silent. Me who has eons of intergalactic experiences and who hears and listens to ancestral voices speaking in my head and my belly. I have lots of tattoos, I do not like to eat animals and I'm a hippie in my heart. I love country music (and lots of other eclectic stuff), I get up early and I will never share your joint or you beer (not because I am selfish but because I do not drink or smoke). I have a bizarre and inappropriate sense of humor. I am quiet but not shy. I am tactless but with me you’ll alway know what’s up, for the better or for the worse. I do not know how to lie. And if you lack sincerity you’ll lose me and I know for a fact you’ll never find anyone else like me. I will not hide from your friends and family. You can never buy me with material possessions. I will not be the mother of your children.


But I can see you as no one has ever seen you and touch you like no one has ever touched you. I can be your sister, your companion or your lover. I can “feel” you and know you beyond words and vibrate with your soul if you allow me and if you can see me and know me in the same way.


Otherwise, would you like for us to have a good time together, walk the path side by side for a bit, exchange ideas then be on our way? It's up to you to tell me what it’s gonna be, with openness and sincerity.


With all my love,
Karine

mardi 30 mai 2017

Reality show : quand le viol devient public et légal



J’aimerais qu’on parle de ca ici.

VIDÉO :
https://www.facebook.com/MasterPieceTattoos/videos/657190677815614/


Et du summum de ce que les “tattoo reality shows” ont pu inventer comme insanité pour attirer leur clientèle avide de drame.



Si on retourne en arrière un peu, j’ai toujours eu une relation amour-haine mais plus haine pour les émissions de tatouage. Back in the time de Miami Ink et LA ink (Notez que la shop de Miami ink s’appelle effectivement Love-Hate, ce que je ne savais pas et que je trouve présentement hilarant) en 2005 or so, on pouvait y voir un mélange de features​ d’artistes et de leur art avec une petite partie de la bullshit quotidienne au sein d’un tattoo shop. Quand même assez réalistement car par expérience je peux dire que les shops de tatouage, peu importe leur style (et dans ce cas-ci à la TV on aime bien vous montrer le traditionel ink, boze and rock'n roll) sont quand même full drama. Mais pour vrai, qui a besoin de s’assoir le soir pour regarder le drame des autres quand on a passé la journée les 2 pieds dans la nôtre. Je peux voir comment pour le “commun des mortel” ça peut sembler divertissant et “exotique” après avoir passé la journée dans un cubicule, mais pour moi c’est l’antipode de ce que j’essaye de renforcer dans mon quotidien: c’est à dire une belle dynamique de groupe, de belles rencontres avec les clients, et des beaux tatouages.

Donc. Au début j’ai écouté ici et là quelques épisodes mais je me suis vite tannées des problèmes inventés d’une Kat Von D de plus en plus artificielle, dans un set up complètement irréaliste. On était clairement plus dans le “reality show” car les chicanes étaient manifestement inventées. J’ai souvent décrié la représentation de pratiques non sécuritaire compromettant la propreté, ce qui donne le mauvais exemple aux nouveaux tatoueurs. Aussi la fausse dynamique du walk-in, la personne qui rentre pour une manche le matin et où le tatoueur à le temps de tout dessiner et tout tatouer avant que la personne reparte le sourire au lèvre avant même qu’il fasse noir dehors (et on s’entend que c’est connu que les artistes sont pas le genre à se lever à 5h le matin). Tout cela donnant une fausse image de la réalité et menant à plusieurs situations malaisantes avec les clients éduqués par ces émissions.

Avant peu, les artistes respectables présentés dans ces émissions ont choisi de ne pas renouveler leurs contrats et sont partis ailleurs, refusant d’identifier leurs nom à cette nouvelle culture qui commençait à heurter notre industrie (Cory Miller et Hannah Atchison par exemple).

Quelque part la dedans ont vu le jour des émissions comme “tattoo school” et “on the road” qui ont été DÉMOLIE par l’opinion générale de la communauté professionnelle car elles donnaient le pire exemple de pratiques et d’idéaux, aspirant à montrer à tatouer des gens dans un environnement loin d’être professionnel en quelques jours ou associant le tatouage avec tous les préjugés dégradants typiques et valeurs morales douteuses (genre les tatoués rejettent la société, ont pas d’éducation, se tiennent dans les bars miteux et ont des pratique hygiénique horrible). Ce qui est très loin de la réalité.

Par la suite sont venue les fameuses compétitions. Des émissions organisées et jugées par des gens qui ne sont pas tatoueurs eux-mêmes, présentant de jeunes artistes prêts à tout pour se faire connaitre et passer à la TiVi. A part pour le show “Best Ink”, que j’ai beaucoup aimé car professionnel et pleinement axé sur l’art (et qui, surprise surprise, n’a pas fait plus de 2 saisons), je n’ai plus vu d’artistes de renom participer activement à ce genre de séries. Semble-t-il que depuis la dernière fois que j’ai pris la peine de regarder ce qu’il se passe sur le câble, on a atteint de nouveaux sommets de médiocrité.

Premièrement, un des problèmes majeurs de la société en général aujourd’hui est qu’on a perdu tout sens du sacré (comme le dit si bien mon amie Nadia). Et plus fondamentalement du respect de l’autre. Je ne connais aucun artiste professionnel qui, même mis sous la pression d’une chaine de TV auraient accepté de marquer à vie une autre personne (même consentante car croyant se faire faire une belle pièce) d’une horreur pareille. À mes yeux, ces artistes ont perdu toute respectabilité et ont manqué critiquèrent de jugement dans un contexte où la pression sociale leur a fait croire que c’était ok (EXEMPLE, dans le temps des nazis, les gens qui opéraient les chambres à gaz étaient poussées à croire, dans leur contexte social, que c’était ok. Got it?) Sans le précieux consentement que ces personne ont sans doute signées, faire ceci à une personne est sans aucun doute illégal (et définitivement amoral).

C’est à mon avis du bullying complètement gratuit et public. Ces gens devront vivre avec « l’aftermath » psychologique de marques permanente à leur corps, pratiquement un viol public, pour le reste de leur vie. Et les perpétrateurs de ce viol marcheront librement, certains peut-être reproduisant le geste ou inspirant leur prochain à faire la même chose, ou d’autre avec un cauchemar occasionnel engendré par le remord, qui sait.

vendredi 12 mai 2017

6 raisons pourquoi se faire tatouer ce symbole n’est pas une bonne idée



Si vous êtes déjà entré dans un tattoo shop dans l’idée de vous faire tatouer ceci, vous vous êtes possiblement fait accueillir avec une réaction comme celle-ci.




La réalité est que le populaire signe de l’infini est une pas pire mauvaise idée de tatouage et que pour la plupart des artistes, il est trop pénible de même commencer à expliquer pourquoi. Laissez-moi ce plaisir, une bonne fois pour toute.
1. Le symbole de l’infini est un symbole mathématique qui "représente une infinité potentielle, plutôt que représenter une quantité actuellement infinie. Le symbole de l'infini est conventionnellement interprété comme une variable grandissant arbitrairement (vers l'infini) plutôt qu'une valeur réellement infinie." On s’entend que c’est un peu approximatif comme symbole absolu.
2. C’est un symbole MATHÉMATIQUE et non un symbole métaphorique. Donc pas vraiment poétique ni romantique.
3. C’est un symbole qu’on utilise interchangeablement pour signifier :
 Permanence
D’un point de vue spirituel, c’est un peu un non-sens. Un des premiers enseignements du bouddhisme est que RIEN n’est permanent. De plus, le tatouage est lui-même permanent, donc c'est un peu redondant.

 Éternité / Complétude
Il existe d’autres super beaux symboles pour évoquer ces concepts. Plus artistiques, plus poétiques et plus exacts (Exemples : ensō, ouroboros, noeuds celtiques...)

• Memento relationnel ou d’engagement
Pourquoi choisir un symbole générique quand vraiment, il existe une infinité (tsé) de concepts pour représenter votre relation si spéciale et unique (entre les membres d’une famille, des amis, ou un couple). Favorisez un symbole personnel et unique qui parle vraiment de vous!

 Un amour ou un attachement incommensurable
Encore une fois, d’autres symboles existent pour représenter ce concept, par exemple celui de la claddagh.


4. Spirituellement, et selon mon point de vue personnel, c’est un symbole qui évoque être stuck en boucle, sans évolution, sans sortie, sans transcendance. Dans un même style, j'endosse davantage la symbolique de l’unalome.
5. Un symbole fin et précis comme celui de l’infini est un défi technique pour le tatoueur. De plus, s’il est trop petit (comme le désirent la plupart des gens), c’est un tatouage qui passera difficilement l’épreuve du temps. Les lignes élargissent et les petites boucles finissent par s’obstruer, vous laissant avec pas grand-chose d’autre qu’un regret. Spécialement additionné de mots ou d’autres dessins (oiseaux, plumes, ancre de bateau, name it), c’est une image très difficile à équilibrer graphiquement (en d’autres mots, c’est souvent laid). C’est pourquoi les tatoueurs d’expérience refusent habituellement d’exécuter ce motif, vous laissant ainsi à la merci des apprentis et tatoueurs de moindre vertu. C’est comme qui dirait un cercle vicieux (∞)
6. Allez voir sur Pinterest et cherchez “infinity tattoo”. Ça prend pas longtemps pour réaliser que tout le monde et leur grand-mère se sont déjà fait tatouer la même chose. Ce qui veut dire qu’on est ici dans un phénomène de mode, un trend. On veut éviter comme la peste les modes car bien qu’un tatouage n’est pas éternel (nous allons tous mourir et nous décomposer un jour), ça dure pour un bon bout de temps. Et ton tatouage cool en 2010 ne passera peut-être pas le test du “bon goût” pour entrer dans la catégorie des “classiques” (et donc intemporel).

Mon argumentaire mi comique mi satirique (mais je pense quand même respectueux et constructif), est issu de la 4e demande de la semaine.

CECI DIT. Si on concidère que toute expérience à une valeur, vous pouvez bien vous faire tatouer ce que vous voulez! En toute hypocrisie, j'ai parfois tatoué des signes de l'infini, des kanjis et un paquet d'autres affaires peu recommendables. J'aime toujours mieux les faire moi-même que voir mes clients finir nimporte où. Je suis moi-même couverte de tatouages insignifiants et laids et ça ne me fait pas un pli. Je suis une ode au tatouage irréfléchi.


mardi 28 février 2017

Être vraiment soi-même


Et permettre aux autres de l'être aussi


Sois toi-même. Un beau conseil assez cliché qu’on entend vraiment souvent quand les difficultés relationnelles surviennent. Ca semble si “évident” mais par observation il est garanti que les humains passent au moins 99% de leur temps à essayer d’être autre chose que soi-même.

Physiquement, psychologiquement, émotionnellement, on nous martèle à coup de conformité dès notre plus jeune âge et et c’est genre “exprime toi” mais dans le paramètre acceptable défini par les statistiques de la “normalité”. (Pas le goût de rentrer dans le rent sur la publicité, l'éducation pis toute, you get the point). Et aussi longtemps que je me souviens, mon existence a été une lutte à coup de marteau dans la normalité.





Quand je pense à ma vie (dans mon effort de thérapie mentale qu’est ce blog), je réalise qu’être moi-même m’a jamais apporté grand joie. Être moi-même c’est être tellement radicalement à contre-courant de ce que mes parents s’attendaient, de ce qui rendaient confortable mes petits amis d'école, des standards de l’industrie de mes collègues graphistes puis tatoueurs, de l’image des gens de la communauté spirituelle, des attentes de mes partenaires intimes et finalement de l’idée que mes clients se font d’une expérience de tatouage. Être marginale (lire isolée), malgré la dizaine de gens que je fréquente chaque semaine, est devenu MA norme. Et ca pese lourd avec le temps.

Me “conformer” (copie qu’on forme) m’a jamais vraiment réussi non plus. Ca me rend juste vraiment awkward avec l’impression de mourir en dedans. J’aime mieux être awkward avec un semblant d’impression de vivre.

Récemment j'ai fait un exercice et le coup de marteau c’est moi qui l’a mangé dans la face parce que j’ai eu une grande révélation.  La question posée est simple (mais pas facile) : quel est le cadeau que j’offre au monde? (C’est à dire, qu’est ce que je fait de mieux qui a une utilité quelconque pour mon prochain?) J’y ai pensé un peu : Quel est le fil conducteur entre mon choix de carrière, mon approche créative, mon travail d'écriture, mon travail spirituel et mes choix esthétique (comment je choisi de me présenter au monde)? En fait mon plus grand cadeau est germé de mon plus grand besoin, qui est la création d’un espace où les gens sont acceptés et peuvent être eux-même, leur donner l’inspiration de conquérir leur rêves et leurs désirs, de se créer eux-même. To allow, enable, empower and inspire.

C’est quelque chose que j’ai travaillé vraiment fort à accomplir dans mon travail et j’ai longuement écrit sur le pouvoir thérapeutique et transpersonnel du tatouage. Avec l’approche holistique, c’est pour moi un honneur d’y prendre part. En choisissant une apparence marginale, j’inspire aux autre à s’accorder peut-être un dixième de mon excentricité. En me permettant d’exprimer mon vécu, ma douleur et mes idées par écrit, je valide d’autres à éprouver les mêmes émotions, voire à les exprimer à leur tour.

Là ou ça se corse c’est dans mes relations intimes, là où le désir de plaire et d’être aimée me fait faire des choix ou agir contre ma nature. La peur du rejet kickant in a plein dans cette zone vulnérable ou on se révèle profondément (en amitié comme en amour). J'aime les gens vraiment trop fort parce que j'ai vraiment trop besoin d'être aimée. Je vois les potentiels des gens et me fend en quatre pour leur permettre de le manifester parce que j'aurais tellement voulu que qqun facilite le miens. Je donne tout ce que j'ai et permet beaucoup trop dans l'espoir de recevoir la même permission et le même espace, au point que je me perd dans mon effort de sauver le monde. J'aime les âmes perdues, les mal aimés et les esprits torturé, les weirdos, les marginaux et les outcasts parce que j’ai la conception (sûrement erronée) qu’ensemble on se comprend mais plus souvent qu’autrement je fini comme la bouée de sauvetage qui se fait traîner au fond à grand renfort d’abus variés. (Pas prête à ouvrir cette boîte là mais ça viendra).

Mais la vraie question est : comment je me permet à moi-même d'être pleinement moi? De m'accorder l'espace dont j'ai besoin, d'adresser mes propres besoins émotionnels, physiques et mentaux (parce que c’est clair après 32 ans que personne va le faire à ma place)? Et de là, comment faire place à l’autre personne de s’accorder la même chose à elle-même? Pour finalement rentrer sainement en relation. J’ai pas encore de réponse solide mais ce qui est clair c’est que ca passe par une maudite bonne connaissance de soi.

J’ai compris récemment que d’aider les autres est vraiment pas une bonne idée. Premièrement parce que de façon inconsciente cette personne là va toujours nous associer avec le moment de leur vie ou ils “allaient pas bien”. Mais aussi et surtout parce qu'on leur vole l'occasion d'être empowered par eux-même et ainsi apprendre de précieuses leçons de vie. Apporter son aide et apporter son support sont deux choses radicalement différentes. D'un côté on essaye de pousser, de changer, d’influencer. De l’autre on permet, on crée un espace, on est présent.
La vérité c’est que je suis (encore) entrain de me séparer d’une relation dysfonctionnelle entre deux individus endommagés. Avec le temps je suis devenue pro dans l’art de la séparation donc on essaye de faire ca productif, avec de la belle introspection. On se sépare en beauté. J’ai donc eu la chance de partager ma réflexion avec mon (ex)partenaire et on est arrivé à faire une liste de points essentiels (qu’on a clairement raté la shot) pour entrer sainement en relation (de couple mais je pense que ca s’adresse à tout type de relation profonde). Je partage :

  • Reconnaître l’importance de l’espace personnel sacré et la liberté intrinsèque de l’autre personne
  • Construire la relation sur des valeur communes entendues (et non perçues.
  • Partager des objectifs et projets.
  • Accepter et valoriser les différences de chacun.
  • Être disponible pour supporter l’autre dans les moments individuellement difficiles.
  • Inspirer et être inspirés (à être la meilleure version de nous même possible).
  • Permettre une communication authentique, l’expression des émotions dans un espace sans jugement.
  • Être ouvert, flexible et spontané (être libre de créer et co-créer).
  • Avoir un réel intérêt et respect pour ce que l’autre personne EST (et non FAIT ou POSSÈDE), menant à une authentique connaissance de l’autre.
  • Avoir des ententes (agreements) solide pour éviter les déceptions et les attentes non remplies (expectations).
  • Avoir un self-assessment continu et le partager avec l’autre partenaire.
  • Connaître ses limites (boundaries) et les faire connaître à l’autre.

Allô le travail de self-healing. Ceci dit j’ai trouvé cette belle petite série en image qui illustre pas pire c’est quoi “être soi-même”, dans le câdre d'un travail créatif. Je partage aussi.


http://www.designsponge.com/2016/06/how-to-be-yourself.html

mercredi 1 février 2017

Enfant “rejetée” / Ado troublée - Partie 2


Un de mes souvenirs les plus vifs de l’école primaire se déroule en 6e année, quelques mois avant la fin de l’année. On devait former des équipes pour un X travail dont j’ai aucun souvenir, des équipes de 5 mais comme on était 31 dans la classe, je me suis ramassée la dernière personne sans équipe, isolée au milieu d’une classe d’élève placés en cercle autour de moi. J’allais d'une équipe à l’autre sous le regard du prof assez passif (et probablement assez ébahi) pour demander de me joindre à eux mais un après l’autre de me refuser et de me renvoyer vers le milieu du cercle, physiquement cernée par 30 personnes qui ne voulaient pas de moi. Je me rappelle le sentiment d’être prise comme un animal sauvage dans un étau horrifiant et le sentiment de panique monter en moi. J’ai craqué. Je me suis mise à pleurer convulsivement et à crier de peine mais aussi de rage “vous voyez pas ce que vous m’avez fait endurer pendant 5 ans!?!”.

L’été d’avant, mes parents s’étaient divorcés. Ca été assez sec comme rupture car ma mère, dans son soucis de me protéger, a tenté de cacher leur difficultés le plus possible. Ca fait que quand elle m’a annoncé la nouvelle (j‘avais alors 9 ans), J’ai été pas mal surprise, surtout qu’on est déménagé genre la semaine d’après et qu’elle avait déjà un nouveau chum. On sait que le divorce est plus que courant de nos jours et je pense qu’on minimise vraiment l’impact que ça peut avoir pour les enfants mais je sais que pour moi ça été une catastrophe. J’ai vraiment eu le sentiment que mon monde s’écroulait et s’en est suivi une panoplie de « daddy issues » qui me poursuivent encore aujourd’hui. Comme ma mère a dû travailler très fort les années suivantes pour “se refaire”, j’ai beaucoup été laissé à moi-même. Mon enfance est arrivée à un arrêt brutal et j’ai été catapulté dans l’âge adulte dans le temps de le dire. Dans ma perception, je venais d’entrer une ère de survie ou il fallait que je m’occupe de moi-même (whatever ce que cela voulait dire).

Enfin le secondaire. L’école est plus grande et on y voit de nouveaux visages. Pour moi, c’était enfin l’occasion d’être un peu cool donc j’ai mis de grand effort dans mon style vestimentaires et dans mes gouts et activités apparentes. Je m’y suis fait quelques amis et j’ai commencé à faire des trucs cools d’ados rebelles. Je buvais du café et fumais des cigarettes entre les cours, vendues aux mineurs au dépanneur du coin de la polyvalente à 4,10$ le paquet. J’ai fumé mon premier joint et j’ai commencé à trainer dehors tard le soir et à avoir de mauvaises fréquentations. J’avais 12 ans.

Je suis pas certaine à quel point ma mère a vu la dérape mais je pense qu’elle a senti que sa petite fille modèle en mangeait une claque donc elle a décidé de m’envoyer pensionnaire l’année suivante, loin de la maison, loin de la polyvalente. Enfermée dans un dortoir de 30 filles méchantes pleines d’hormones, sans aucun visage familier. Bref un cauchemar pour la mésadaptée sociale que j’étais, effort d’être cool ou non. Va sans dire que les mauvaises habitudes ont perdurées et en l’espace de 2 mois je me suis ramassée dans l’exacte même situation pénible qu’avant : J’avais une seule “amie” dont je partageais la chambre et dont j’étais en fait le souffre-douleur. Multiple situations sociales awkward dans cette brève période ont été le summum de l’agonie de ma vie adolescente. J’essaye de trouver une anecdote significative à partager mais mon subconscient se débat férocement pour ne pas y retourner. Je sais que ces quelques mois ont été un traumatisme majeur ou j’ai finalement mis ma personnalité sous clé pour survivre l’adolescence.

Après 4 mois de ce régime, j’ai finalement supplié ma mère de me ramener à la maison. J’étais prête à tout pour qu’elle me reprenne. Je suis finalement allé au collège privé près de la maison, et ce fut la fin du plus gros de mon calvaire. J’y ai rencontré les amies qui me sont encore chères aujourd’hui, 5 doigts de la main tellement différentes les unes des autres, chacune son vécu et ses couleurs. Je ne peux pas dire que ces dernières années de secondaire furent complètement sans événements mais j’ai su m’adapter et rester low profile. Je n’ai jamais été une fille cool ou populaire mais dans la classe des “nerds” j’étais certainement incognito. Dès le secondaire 3 ma consommation de cannabis est devenue régulière. On dira ce qu’on voudra mais les habitudes rapprochent donc j’étais plutôt à ma place parmi les “poteux” de l’école, même si on avait que ça en commun. Une bonne chance pour moi, j’étais toujours douée académiquement donc j’ai complété mes études enrichies haut la main (math et science fortes). Ma mère qui m’a tant “groomé” pour les sciences a du mourir un peu en dedans quand j’ai choisi les arts au CÉGEP. Mais ça, c’est une histoire pour une autre fois.




J’ai 32 ans et je rêve encore régulièrement de l’école. C’est toujours le même genre de rêve récurent ou je dois retourner la bas pour terminer un cours car il me manque un crédit pour graduer. Je suis habituellement en retard, sous le stress. L’école est un labyrinthe et j’ai le sentiment que j’arriverai jamais à bout. Mon cadenas de casier refuse de s’ouvrir, je ne trouve pas la classe de mon cours… Mais jamais je ne rêve a ces autres enfants qui m’ont fait du mal.

J’ai beaucoup consommé de 14 à 18 ans. Par le secondaire 4 je fumais presque matin, midi et soir. Dans ces premières années j’ai un peu exploré différents psychédéliques comme le LSD (buvard) et les “magic mushrooms”. Probablement quelques histoires weird ici et là mais le plus souvent dans la safe zone de la compagnie de mes amies proches. Je ne me rappelle pas avoir été vraiment en danger même si j’ai à plusieurs reprise fait de très mauvais choix, comme mentir à ma mère sur les endroits où je passais la nuit. Thank god je suis toujours resté loin des drogues comme la cocaïne ou la mescaline (très facilement accessible et populaire en ces temps et lieux). J’ai eu une ou 2 altercations avec la police pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, mais heureusement jamais rien de sérieux. Malgré tout, j’ai commencé à faire le party “hardcore” vers 16 ans et j’ai accroché solide sur les raves. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ce temps-là car les nuits intenses se succédaient environs 1 fois par mois, à grand renfort de speed et pilules de toutes sorte. J’ai fréquenté des gens pas super recommandable et me suis laissé taponné plus d’un dude assez creepy. Juste y penser aujourd’hui et j’ai les dents crispée et le cœur qui débat, le ventre en boule et les mains moites (ok c’est peut-être le triple espresso que je viens juste de m’envoyer).

Mais j’ai un souvenir clair, au “peak” de cette époque de débauche (vers 17 ans disons). J’étais assise sur le sol, bien high sur la E et le GHB, le lendemain matin d’un party mémorable et ce dude dont j’ai complètement oublié le nom a lâché cette perle de sagesse qui m’est toujours resté: “Tsé dans le fond, on est ici parce qu’on était toute rejets quand on était jeunes.” En voulant dire qu’ on était juste tellement écœuré de manger de la marde qu’on a voulu devenir membre de cette caste à part de « raveux », bandes de marginaux colorés à la consommation douteuse. Et maintenant, je pense que je peux dire la même chose de bien des misfits tatoués, dont plusieurs artistes tatoueurs. Dans le fond, les “rejets” sont les enfants hypersensibles qui, lorsque encouragés et encadrés proprement devient les artistes et les visionnaires de ce monde. La drogues et les tatouages, consommés à l’excès, sont souvent des symptômes autodestructif qui servent à canaliser (ou rendre numb) la douleur de trop sentir, de trop voir le monde vivement. Dans la douleur des aiguilles je crée finalement de belles choses.

J’ai complètement arrêté les pilules après le Collège et complètement arrêté le “pot” quelques années après. Je ne bois virtuellement jamais non plus car je n’aime tout simplement plus ne pas avoir la tête claire. Quelques expériences psychédéliques dans les récentes années m’ont ouvert des horizons de conscience altérée qui ont grandement ébranlé ma perception de la réalité et beaucoup m’en pris pour garder ma sanité (on y reviendra).

J’ai reparlé à ma mère de mes défis émotionnels plusieurs années après, quand j’ai été en thérapie pour un burnout en 2008 (une autre histoire la la la). J’ai voulu savoir pourquoi elle m'avait laissé dans ce milieu quand j’étais enfant. Elle m’a répondu que ça aurait été pareil partout où j’aurais été. Et ça m’a frappé comme un train. BAM. Le rôle de la victime, je l’ai CHOISI. J’ai toujours voulu voir les autre (les enfants, ma mère) comme étant responsable mais dans le fond c’était moi la responsable qui a accepté le script toutes ces années. J’ai accepté que les choses étaient “de même” et j’ai jamais mis en question que les autres étaient en droit de me faire sentir comme de la marde d’être différente et je leur ai remis mon pouvoir entre les mains. Parce que c’est plus facile d’être sans pouvoir, de laisser les autres faire les choix pour nous.


J’ai toujours (avec grand peine) cherché l’amour à l’extérieur de moi. L’acceptation de mes différence a été (et est toujours) mon plus grand défi, mais jamais ne m’était venu à l’idée que l’acceptation de moi-même était la première étape à franchir. La confusion est à son comble quand tous les marqueurs de succès ou de validation pour une femme moderne ne s’appliquent tout simplement pas à soi. La réalisation d’être qui je suis et donc de marcher complètement à côté du chemin battu, sans balise et sans guide et d’accepter de crisser à la poubelle les conventions sociales était la première étape. La 2e est d’apprendre à avoir du fun en criss toute seule dans mon chemin de bouette pas propre. 

*soupir* 

On travaille la dessus!

mardi 24 janvier 2017

(Més)aventures d’une propriétaire de tattoo shop

Et réponse à la question populaire
"Pourquoi t'es parti de la shop?"


:: ATTENTION ::
  1. Ok, c’est un peu du lavage de linge sale en public. Je suis parfaitement consciente qu’il y ait 2 cotés à la médaille. Je me permets d’exprimer MON expérience, poliment, factuellement, avec les émotions que j’ai vécues MOI, sans gros mots, insultes, ni coups sous la ceinture. (Je traite personne de rien. Les gens qui me connaissent savent que je suis ni bitcheuse ni chialeuse)
  2. Je m’attendais pas à ce que ça plaise à tout le monde mon histoire. J’accepte que ce soit frustrant pour les parties concernées et que ça pointe des erreurs de part et d’autre (je pense que j’admets largement que je me suis PLANTÉE). J’accepte aussi de me faire rendre la monnaie de ma pièce (de façon juste) pour ce que j’ai pu faire aux autres.
  3. J’ai omis les noms et les lieux pas pour être subtile mais bien pour être légale.
  4. Malgré tout, je m’excuse pas, simplement parce que mon but n’est pas de faire mal. Juste de m’exprimer. J’écœurée de l’omerta du tatouage pis des masques en général. J’ai pas fini de dire ce que j'ai à dire. Et personne est obligé d'écouter. Pour mieux comprendre ma démarche, lire la section "À propos".
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Il y a quelques jours, je me suis finalement libérée du poids financier que représente mon départ en janvier 2016 du studio de tatouage dont j’étais la propriétaire, soit après un an de support pour le projet qui n'est plus le miens. Aujourd'hui, j'aimerais aussi me libérer du fardeau émotionnel qui me reste et enfin aller de l'avant avec ma propre vie et mes propres rêves.

Ma décision de quitter la shop a été motivée en plusieurs étapes. La première erreur majeure d'administration que j'ai commise a été de signer le bail pour le local pignon sur rue au premier étage du local que je louais déjà. Belle opportunité d'un local plus grand, avec un cachet exceptionnel. Pour 3 ans nous avions occupé mes collègues et moi un plus petit local au 2e étage et quand j'ai ouvert le studio originalement, ma motivation était la suivante: avoir mon lieu d'affaire à moi, afin d'être autosuffisante (c'est à dire pouvoir payer tous les frais d'affaire seule en cas de besoin) et surtout pouvoir faire à ma tête, installer les choses à mon gout et travailler selon mes valeurs à moi, même si elle sont assez différentes des autres personnes de la même industrie. Ça semble jusqu'ici assez légitime. Dans mon élan j’ai invité mes amis (à de fins d'anonymat, appelons les Judy et Éric) à se joindre à moi. Alors apprentis au studio où je travaillais au centre-ville, c'était une occasion pour eux de voler de leur propres ailes, pour moi de m'aider à payer les frais de départ et d'avoir le simple plaisir de travailler avec des gens que j'aime et que je considère mes amis. On allait être un peu tassés dans le petit local, mais on allait avoir du fun.

Évidemment, les aléas du travail d'équipe n'ont pas tardés à se manifester au fil des allées et venues de nouveaux employés et des relations qui se développent. En effet, après quelques temps Judy et Eric sont devenu un couple, de même que moi et "Jules", qui alors faisait l'administration et le perçage. À cette époque, moi et Judy vivons notre premier différent. Judy est alors en dépression et son travail s'en ressent : l'atmosphère est lourde et les clients commencent à se plaindre. Après plusieurs semaines de réflexion et de mal de cœur, malgré mon affection et mon amitié pour elle, la voix du patron en moi prend le dessus. Je lui demande de quitter le studio. Premier coup financier, pour lui permettre de partir avec le montant des dépôts de ses clients (qui avaient déjà été « investis » dans les frais d’opération), je signe pour une première marge de crédit de plusieurs milliers de dollars. Je sais que les mois qui suivirent furent assez rock and roll pour elle. Son passage dans d'autres studios (inutiles de nommer), semblent lui avoir fait prendre conscience de certaines choses et adouci son attitude. Comme j'ai beaucoup d'affection pour elle malgré notre conflit et devant sa sincérité, j'accepte son retour au studio de bon cœur, après ses quelques mois de "fugue". J'ai d'ailleurs financièrement grandement besoin d'un nouvel artiste pour occuper le nouveau local (un loyer mensuel de 3000$, sans compter les autres frais de services!) et me permettre d'aller en congé de maternité. En effet, en décembre 2013, j'ai été surprise par une petite grossesse non-planifiée. (Nul besoin de mentionner que la majorité de l’argent laissé à son départ n’est jamais revenu, pour cause de conflit avec l’administration d’un autre studio où elle a travaillé pendant l’interlude.)

Changer de local a été ma plus grande erreur car au moment de cette décision, j'avais perdu de vue ma motivation initiale qui était d'avoir un projet à MOI. À mon gout, dans mes moyens et sans stress. J'ai choisi de prendre le plus grand local en ayant en tête "l'intérêt de tous" et voyant les avantages pour le groupe d'avoir pignon sur rue dans une belle grande shop. J'ai signé le bail et BAM, je suis tombé enceinte. Imprévu majeur. J'ai alors 30 ans, et je n'avais jamais prévu avoir d'enfant. Mes valeurs m'empêchant de considérer l'avortement et ma situation de vie loin d'être précaire, j'ai naturellement accueilli la nouvelle et fait de mon mieux pour m'immerger dans la réalité de maman. Nous avons déménagés le studio au mois de mars 2014 au terme de mon premier trimestre (qui fut d'ailleurs très difficile) dans le petit regain d'énergie dont j’ai bénéficié au 2e trimestre. Mais vous pouvez vous imaginer que bouger une grosse structure comme ça ne se fait pas sans stress, surtout enceinte et avec 0 lousse financier. 

Ca été mon premier son de cloche. Ce déménagement, moi et Jules l'avons planifié et effectué virtuellement seuls. Les tatoueurs se sont mobilisés pour bouger leur propre station et matériel mais ont proposé assez peu d'aide supplémentaire. Debout sur une chaise à accrocher des rideaux et a m'engeuler avec mon chum d'épuisement, vers 11h le soir de notre 3e 18h de travail en ligne, j'ai craqué. Un gros doute venait de prendre place et j'ai remis en question tout le projet d'agrandissement mais il était trop tard. Pas moyen de revenir en arrière.

Par la suite ma santé a piqué du nez. J'ai cessé de tatouer complètement à 5 mois de grossesse par épuisement (donc j’ai profité de la nouvelle place comme 2 mois) et je suis resté à la maison, délégant les taches du studio à mon conjoint. Honnêtement j'ai aucun souvenir des 4 mois qui ont suivi. Pendant ce temps, les tensions personnelles montaient au studio. J'ai terminé ma grossesse dans une brume de survie au jour le jour, ponctuée par un accouchement de 36h horrible. Aucun de mes "amis"/collègues ne sont venus me visiter ni n’ont demandé de nouvelles de moi personnellement. C'est un autre moment ou mon cœur s'est un peu brisé. Dans quoi je me suis embarqué?

Trois semaines après mon accouchement, mes collègues m'ont convoqué en meeting. La situation au studio est devenue hors de contrôle : ils ne veulent plus tolérer Jules comme administrateur. Selon eux, son stress et son attitude sont devenus un problème majeur à leur bien-être et celui des clients. Ma présence est donc requise pour tempérer. 6 semaines après avoir accouché, je reprends donc le travail. Petit coco en portage sur le dos pour un autre 6 semaines et puis bébé à la garderie dès 3 mois. Pas de congé de maternité pour moi.

Ce fut une année riche en hauts et en bas, en rotation d'employés, en efforts "just to make it" et en dettes grandissantes, histoire d'installer les choses à mon gout, à celui des autres et à soutenir mon partenaire dans ses activités professionnelles (autre investissement majeur en bijoux et équipements).  En tout, depuis l'ouverture 4 ans auparavant, c'est maintenant 25 000$ de dettes que j'ai accumulée. De plus, être mère est un gros challenge pour moi et ne me vient pas du tout naturellement. Les défis parentaux se multiplient dans le background. À travers ça, je poursuis mon ambition de service holistique (rendu essentiel pour moi dans mes valeurs spirituelles, un autre journey en soi croyez-moi), et ce assez à contrecourant de mes collègues. Retour à la case départ: mes valeurs clachent avec celles des gens que je côtoie et me revoilà dans le même bateau qu'avant d'ouvrir (mais en pire tsé).

À l'automne 2015, j'ai déjà pris la décision d'alléger l'admiration du studio massif dont j'étais la propriétaire (11 personnes au pic des activités) en choisissant la formule "collective". C'est à dire que chacun paye sa part du loyer et des services. Moins de responsabilités pour moi puisque j'ai toujours la certitude que le loyer est payé et plus grand revenus pour les artistes qui travaillent suffisamment. Ça semble "win win" sur le coup mais de l'autre côté, mon potentiel de profit supplémentaire est réduit à 0. C'est à dire que je redeviens une "employée" comme les autres, qui dépend de sa propre huile de bras pour payer ses dépenses et toutes les dettes encourues, tout en continuant de porter le fardeau administratif. Outch.

En décembre, au summum de mon stress existentiel, ma relation avec Jules bat de l'aile et je prends la décision de mettre fin à la relation. En janvier 2016, incapable de poursuivre la coexistence dans le milieu de travail, je décide de quitter le studio pour m'installer à la maison. Assez à bout de nerf et d'émotions, je n'ai pas pris le temps d'expliquer ma situation personnelle à mes collègues. Je ne sais pas comment j'aurais pu. J'étais à mon plus bas moral probablement à vie et je n'avais ni l’énergie ni les mots de communiquer le désespoir de ma situation. De plus, je me sentais très isolée émotionnellement et je n'avais pas l'impression que ces gens would give a shit de mes sentiments.

J'ai carrément ramassé mes affaires et crissé mon camps. Je leur ai dit que j'allais payer encore ma part avec eux un certain temps, même si je n'étais plus sur les lieux, et je les ai laissé se démerder. S'ils voulaient garder le local, j'étais ouverte aux propositions de reprendre le bail ou d'achat de matériel s'ils voulaient chacun prendre leur côté. J'ai mis le local à louer. J'avais juste besoin d'air, d'être seule, de me recentrer, de me rappeler pourquoi je me donne tant de mal pour cette maudite job, pour tout le monde, et surtout de me rappeler qui je suis, et ce que JE veux vraiment. C'est à dire un lieu pour créer et m'exprimer. Pas gérer. (J’ai eu spécialement de la peine de laisser derrière moi mon apprenti « Mike », qui m’a tellement touché dans sa sincérité de vouloir partir avec moi, mais à ce point-ci c’était une question de survie et il me fallait prendre des décisions pour moi).

Mais comme de fait les obligations légales ont fini par me rattraper. Et on parle même pas des créanciers que j'arrive à payer par la peau des fesses avec mon salaire juste à moi. Apparemment, un local comme ça ne se loue pas si facilement et pour régler la situation, le propriétaire de la bâtisse est finalement intervenu. Longue histoire courte, le deal qui fut signé en mars est le suivant :

·  Judy devient propriétaire du studio (donc reprend le bail), ainsi que tous les équipements qui s'y trouvent (plusieurs milliers de dollars juste là, sans parler des travaux mis dans la place au cours des deux ans d’occupation).
·  De plus, je (Karine) m'engage à payer ma part du collectif pour un autre 10 mois (1/6 à ce moment-là), comme si j'occupais le local avec les autres, pour les aider à s’installer. (Entre 550 et 800$ par mois).
·  J'ai droit de bénéficier des choses que je paye de la même façon que les autres, même si je n'occupe pas les lieux physique (comme le matériel générique acheté pour tous).
·  Le propriétaire de l’immeuble offre de leur faire une réduction de loyer temporaire pour aussi leur donner un coup de main.
·  Dans le cas où ils réussissent à trouver un ou 2 artistes de plus pour partager les frais au studio et donc sortir de leur problème de liquidité temporaire*, Judy s'engage à libérer le propriétaire du local de la diminution de loyer et moi de payer ma part.

Bien que cette entente me coute CHER, au moins elle me permet de me sortir des soucis légaux qu'un non-paiement du loyer commercial entourerait et me permet d'éviter la faillite. Au pied du mur, je n'ai pas le choix d'accepter l'offre. Un an à pédaler un peu n'est pas si mal et ma base de clients est assez bonne que je ne crains pas de manquer de travail. Re-moment d'émotion, moi et Judy échangeons le souhait de rester bonnes amies et partons toute deux satisfaite de l'entente. Malheureusement, ce fut d'assez courte durée.

Dans les faits :
·  Un mois plus tard, ils engagent un premier artiste. Malgré tout, sous prétexte de période d'évaluation, personne n'est libéré de leur soutien financier envers le studio. 
·  Malgré le problème de liquidité temporaire, quelques mois plus tard, ils décident de congédier Jules vu les frictions de personnalité qui perdurent.
·  Malgré ce même problème de liquidité temporaire Judy s'offre l'achat d'un Jeep de l'année genre 2 mois après la signature de l'entente.

De plus :
·  Je ne suis pratiquement jamais allé chercher aucun matériel auquel j'avais droit (sauf genre une fois ou deux au début). J'ai continué d'acheter mon propre matériel en double pendant les 10 mois.
·  J'ai payé une première fois ma part pour la location d'un espace à la convention de tatouage annuelle (qui eut lieu en novembre) mais à laquelle je n'ai jamais été invité à participer.
Ok j'hais les conventions. Surtout depuis que des gens avec qui j’avais des relations civilisée refusent maintenant de me regarder en face pour des raisons que j’ignore. J'assume que je suis rendu un peu trop "edgy" même pour la crowd suposée marginale du monde du tatouage. Quand même, comme j'ai payé ça aurait été la moindre des choses de m’inviter, même à simplement laisser mes cartes sur la table. Jules a d'ailleurs aussi payé sa part juste avant d'être remercié.
·  J'ai payé pour des travaux au local que je n'occupe pas à maintes reprises, ce qui selon moi dépasse les coûts mensuels d’opération* mais I guess qu'on pourrait argumenter sur ce point.

*Vocabulaire exact du contrat signé

Au moment de l'emploi d'un 2e artiste il y a 4 mois, le statu quo est toujours maintenu. Notez que l'expérience ou la qualité de l'artiste n'est aucunement un facteur car chaque artiste est tenu de payer sa part égale des frais, peu importe son volume de travail. On ne peut donc pas argumenter qu'un artiste est moins occupé qu'un autre et donc influence la stabilité financière de l'entreprise.

J'avale ma frustration. Je n'ai pas envie de "m'obstiner". Ou de contester la bonne foi de la personne que j'estime toujours naïvement être mon amie. À quoi bon mettre de l'huile sur le feu? Une coupe de 100 piastres de plus ou de moins...

Mais une certaine situation vient également à mes oreilles. Deux clientes qui n'ont aucun lien entre elles m'annoncent avoir contacté le studio alors qu'elles cherchaient où j'étais rendu. De se faire répondre qu'ils n'ont aucune idée où je suis rendu. Bullshit car ma carte d'affaire est (ou était) dans l'entrée du studio depuis plusieurs mois. Ramassant mon courage à deux mains, je me décide enfin à confronter Judy à ce sujet. De me faire répondre de me calmer, qu'elle n'a aucune idée de quoi je parle et que si j'ai un problème avec les autres tatoueurs de m'arranger moi-même avec eux car ce ne sont pas ses employés (bref, ils peuvent faire ce qu'ils veulent, même si je leur paye toujours une partie substantielle de leur espace de travail, et que c'est finalement pas son problème à elle). Ce fut ma dernière conversation avec elle.

J'entreprends alors des démarches avec le propriétaire de la bâtisse et la notaire qui a préparé le contrat afin de voir si je peux me défaire de ce poids qui commence à peser drôlement lourd. La notaire m'offre d'entamer des procédures légales envers Judy pour lui demander prouver formellement qu'elle éprouve toujours des problèmes de liquidités. Comme je sais que j'aurais de très bonnes chances de prouver mon point en court si les procédures se rendraient là, j'ai sincèrement considéré l'option. Mais comme ma motivation première est de me défaire des attaches (plus personnelles que financières) qui me lient au studio et qu'il ne me reste que 2 mois avant l'échéance du contrat, je choisi finalement d'acheter la paix et de suck it up une fois de plus.

Sur ma dernière facture la semaine passée figurait les frais de la convention pour l'année suivante (en novembre prochain!) de même que d'autres travaux au local. J'ai dû prendre un gros 10 minutes pour ne pas hyperventiler de rage. Jusqu'au bout, jusqu'au dernier moment, j'ai encore à endurer le calvaire de la situation. Encore une fois, débat intérieur : payer ou ne pas payer? Aller à la guerre ou ravaler? Finalement, après une coupe d’exercices de respiration, j'ai viré le montant, choisissant de garder mon énergie pour moi, malgré le goût amer de bile que j'avais dans la bouche. Mon chum (actuel) était tellement en criss après moi d'avoir payé sans rien dire et de me laisser manger la laine sur le dos, que j'ai eu droit à une chicane de couple pour couronner le tout. Mais là, finalement, c'est fait et on peut passer à autre chose (mais maudit que je me sens à bout de souffle).

Je ne sais pas si ce que j'ai vécu je l'ai mérité, mais de mon point de vue, ça tombe dans la catégorie "chien mais légal" (kind of). Dans l'ensemble de l'aventure, malgré mes mauvais choix et mon "abandon" du bateau, j'aurais tellement souhaité un minimum de respect (à défaut d'empathie). La crotte je l’ai eu sur le cœur assez longtemps et j'aimerais vraiment sincèrement passer à autre chose pour de bon. Ne pas oublier les apprentissages (une leçon que j'ai payé en tabarnak) mais me libérer du ressentiment des relations qui ont viré au vinaigre avec les gens que j'ai considéré mes amis (et que j'ai fait passer avant moi-même de nombreuses fois) pendant 5 ans. Je n'ai toujours pas remonté la pente physiquement et énergétiquement de ma grossesse, mais après 3 ans j'ai finalement un regain de passion pour mon métier et je veux seulement créer à mon gré, dans mon environnement et garder mes ressources pour moi-même et pour les gens qui aiment mon travail et croient en ma "mission" (et j'ai absolument pas besoin que ça soit tout le monde). Je veux juste avoir la paix.

Sincèrement,
Karine